JEUNES ANNEES.

Dès leur plus jeune âge, LS et sa soeur furent entraînés par leurs parents dans les Préalpes Vaudoises et les Alpes Valaisannes; et mis sur des skis sitôt qu’ils purent se tenir debout. Les jeunes années de LS et de sa soeur furent aussi celles de leurs 2 cousins, plus âgés, que les parents de LS emmenèrent parfois avec eux dans les montagnes. Dans les années 30, il n’y avait guère d’équipement adapté à la randonnée et au ski pour les enfants, et ce genre d’équipement faisait juste son apparition pour les adultes. Le fuseau de la maison Allard, à Mégève, n’apparut qu’en 1930, remplaçant peu à peu le pantalon norvégien. Les parents de LS avaient conçu et cousu eux-mêmes une tente canadienne juste dimensionnée pour leur famille, divisible en éléments pour pouvoir être portée plus facilement: tente principale, toile de fond, double toit, avant-toit et abside. Chacun en portait un morceau et chacun avait son sac de couchage, fait maison, rembourré de laine cardée; pas de matelas pneumatique, à peine inventés ou trop lourds. Cette tente s'inspirait évidemment de celle conçue par H. Brandt dans les années 1920, il suffit de comparer les photos. Seul moyen de transport, le train, puis le vélo, lorsque LS et sa soeur devinrent plus âgés. La première sortie, ou du moins la première photographie de la tente familiale, date de 1940. C’était à la Dôle, à 2 pas de la frontière, avec les cousins plus âgés. Eté 1940: la France et l’Europe venaient d’être envahie par les troupes allemandes, après une « drôle de guerre » commencée en 1939. Le gouvernement suisse avait proclamé la neutralité de la Suisse et l’avait fait accepter par les belligérants; l’armée suisse avait été mobilisée, puis des périodes de « relève » organisées, et une vie à peu près normale avait repris son cours. Et pendant ces années de guerre, la famille Saugy avait organisé ses week-ends et ses congés dans les montagnes; insouciance? de la part des parents, certainement pas, car la guerre était survenue après une crise économique qui les avait déjà durement touchés. De la part des enfants, certainement, quoique... Ils étaient bien conscients que des évènements se passaient, en dehors de leur petit monde; et LS avait accompagné son père en uniforme à la gare, en 1939, et se doutait que des évènements se passaient. Les photos de ces loisirs montagnards familiaux dans une Suisse paisible au milieu d’une Europe à feu et à sang sont si surréalistes que de brefs rappels historiques seront faits année après année au cours de cette page. En 1939, LS était à la maternelle; en 1945, il était au collège... Il résume ses souvenirs dans une page séparée.

Préalpes et Jura.


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Première sortie à la Dole, en 1940; à l’arrière-plan, un garde-frontière suisse en patrouille.

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Col de Jaman sur Montreux, été 1942.

Tour de Suisse à vélo, Juillet 1940.


Rappel historique: En Septembre 1939, suite à l'invasion de la Pologne par les armées allemandes, après celle de l'Autriche (Anschluss) et celle de la Tchécoslovaquie, la France et ses alliés déclarait la guerre à l'Allemagne, c'était le début de la 2ème guerre mondiale. La France mobilisait ses armées et s'enterrait à l'abri de sa ligne fortifiée dite ligne Maginot. La ligne Maginot, LS alors âgé de 6 ans se souvient avoir entendu les grandes personnes en parler, la "limajino", qu'est-ce que ça pouvait bien être? La Suisse proclamait sa neutralité, bien confortable diront certains d'un ton méprisant, et mobilisait son armée aux frontières et dans le "Réduit Alpin"; elle organisait les relèves de ses troupes de façon à minimiser la perturbation de son existence et à organiser sa survie. Rien ne se passait pendant l'automne et l'hiver 1939-1940, c'était la "drôle de guerre"... Le 10 Juin 1940, la "Blitzkrieg" se déchaînait, l'armée allemande contournait la ligne Maginot par la Belgique en traversant les Ardennes et repoussait les troupes française et britanniques jusqu'à la mer, à Dunkerque. C'était "Weekend à Zuydcoote", avec J.-P. Belmondo. Tout s'était joué en 6 semaines! Et des populations entières erraient sans but sur les routes. Le 18 Juin, c'était l'appel du général de Gaulle, depuis Londres, et le 22 Juin, tout était terminé, un armistice était signé et c'était la poignée de main du maréchal Pétain et du chancelier Hitler, à Rethondes...Et miraculeusement, cet armistice permettait à la Suisse de souffler, en s'accomodant de cette situation. Mais la Grande Bretagne ne cèdait pas et restait seule en Europe pour faire face à l'Allemagne hitlérienne!

Et pendant cet été 1940, les parents de LS entreprenaient avec leurs 2 neveux un tour de Suisse à vélo ; en réalité un tour des Alpes Bernoises qui les amenait en Suisse Centrale, dite primitive, celle des 3 cantons fondateurs de la Confédération helvétique, autour du lac des Quatre Cantons, un pélerinage aux sources... En une semaine, ils traversaient les Préalpes par le col du Pillon depuis la Suisse Romande, allaient jusqu'à Lucerne et Altdorf, la patrie de Guillaume Tell, rentraient en traversant les Alpes par le col de la Furka et revenaient par la vallée du Rhône, depuis sa source dans le Haut Valais. L'itinéraire et les horaires ont été conservés, avec quelques photos (photos G. Saugy); avec le recul, c'était un exploit, bien dans la ligne de ce qu'Hélène Brandt avait fait avant son mariage, dans les années 20...!

carte TDS
Carte de la Suisse (année 1930 env., E. Imhof) indiquant l'itinéraire du tour de Suisse à vélo. Les arrêts principaux sont soulignés
et les étapes sont marquées par un astérisque. La distance de Vevey à Aigle est de 10 km environ.

LS TDS 01 t
Caricature des 4 participants à ce tour de Suisse, les parents de LS et leurs 2 neveux.

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A gauche: Au bord du lac des Quatre Cantons (Uri-Schwytz-Unterwald-lucerne): campement à Greppen; à droite, le lac à Weggis, sur la route "Axenstrasse" du bord du lac.
C'est sur cette route, à Küssnacht (la nuit du baiser, en Français), que se tua en 1935 dans un accident de voiture, la princesse Astrid de Suède, épouse de Léopold III, roi des Belges.

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A gauche, sur la place d'Altdorf (trad: vieux village), la statue de Guillaune Tell; à droite un vacher uranais (cantonné en Suisse, en 3 lettres, pour les cruciverbistes...).

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A gauche: Montée au col de la Furka (2436 m), à l'époque route non goudronnée.
Le col de la Furka permet de passer de la vallée de la Reuss (Andermatt, bassin du Rhin) dans la vallée de Conches (Gletsch, bassin du Rhône).
A droite, l'ancien train mètrique à crémaillère sommital reliant Realp à Oberwald (de 1925 à 1981) avant le forage du tunnel.

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A gauche, campement dans la vallée de Conches à Ulrichen. A droite, le village de Biel, dans la vallée de Conches.

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A gauche, le bistrot (pinte en Suisse) de Mörel, dans la basse vallée de Conches. A droite, N.-D. des Sept Douleurs, entre Mörel et Naters.
Dans le Haut Valais existent des églises admirables.


Unterbäch - Ginanztal, été 1941.


Nouveau rappel historique: après la victoire sur la France et le refus de la Grande Bretagne de négocier, l'Allemagne entreprenait un bombardement massif et systématique des villes anglaise, de Sept. 1940 à Mai 1941, causant 15 000 morts civils. Mais ce fut le succès de l'aviation de chasse anglaise, "Spitfires" et "Hurricanes" infligeant de lourdes pertes à l'aviation allemande et obligeant Hitler à renoncer à son projet d'envahir l'Angleterre; l'occasion de rappeler la phrase célèbre de Churchill: «Never in the field of human conflict was so much owed by so many to so few» («Jamais, dans l'histoire des guerres, un si grand nombre d'hommes n'ont dû autant à un si petit nombre.» ... La Suisse, elle, avait réussi à faire admettre et respecter sa neutralité, organiser son ravitaillement, maintenir son industrie et accueillir réfugiés et prisonniers, autant que faire se pouvait. Le 22 Juin 1941, les armées allemandes envahissaient la Russie, c'était l'opération Barbarossa. Quant aux USA, leur neutralité allait se terminer le 7 Décembre 1941, lors de l'attaque de Pearl Harbour à Hawaï par les Japonais.

Et, comme en été 1940, les parents de LS partaient quelques jours en vacances: ils montaient avec leurs 2 neveux à Unterbäch, petit village perché, avec celui d’Eischoll, et Holz entre les deux, sur la hauteur de la rive gauche de la vallée du Rhône, entre la vallée de Tourtemagne et celle de la Viège; région très retirée. C'est le débouché du vallon de Ginanztal, avec un joli sommet, le Schwarzhorn, fermant le vallon au Sud. Ils y campaient quelques jours pendant l'été 1941 et gravissaient le Schwarzhorn (3202 m) (photos G. Saugy).


Carte Ginanz
Carte de la région du Ginanztal (carte mapplus.ch).


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A gauche, la chapelle de Holz avec le Bietschhorn; à droite, un chevrier dans le Ginanztal.

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Le camp dans le Ginanztal.

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Au sommet du Schwartzhorn (3202 m).


Val Ferret (1942)

Pendant l’été 1942, la famille Saugy passa une semaine de camping à la Fouly, dans le val Ferret, qui longe le massif du Mont Blanc, au-dessus de Martigny; le col du Grand Saint Bernard et la cabane de l’A Neuve furent visités, en dépit d'un temps pluvieux. En 1942, la guerre ensanglantait toujours le monde. Hitler avait retourné ses armées contre son ex-compère dictateur communiste Staline, mais avait été bloqué devant Moscou en Décembre 1941 et avait buté contre Stalingrad en Août 1942. Et l'Afrikakorps de Rommel n'avait été arrêté sur la route de l'Egypte par l'armée britannique de Montgomery, à El Alamein, qu'à 250-300 km du Nil et du canal de Suez en octobre 1942, il était temps! le canal de Suez, c'était la route du Moyen-Orient et de son pétrole et de l'Extrême-Orient!

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Carte du Val Ferret (mapplus.ch).


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A gauche, le lac Fenêtre et les Grandes Jorasses; à droite la cabane de l’A Neuve.

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Au-dessus de la Fouly, la stèle à Emile Javelle, simple bloc morainique, au pied du Tour Noir.
E. Javelle (1848-1883), poète, écrivain et alpiniste; professeur de lettres au collège de Vevey (Suisse).
Il fit la première ascension du Tour Noir et laissa son nom à une aiguille des Aiguilles Dorées, dans le massif du Trient.
Auteur du livre "Souvenirs d'un Alpiniste", Payot éd., 1892.

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L’hospice du Grand Saint Bernard et les chiens.

Mayens de Riddes / Isérables, Pâques 1943.

A Pâques 1943, les parents de LS avaient loué un chalet aux mayens d'Isérables, rien de luxueux, comme le montre la photo, du camping sans la tente; leurs 2 neveux, partie de l'expédition, avaient l'habitude, ils étaient scouts. Cette région fait maintenant partie du domaine skiable de Verbier, versant vallée du Rhône. C'était une région pour skieurs / randonneurs.

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Carte de la région Isérables - mayens de Riddes - les Etablons. Le téléphérique Riddes - Isérables date de 1942.
En 1943, la route montant aux mayens de Riddes pour redescendre à Verbier n'existait pas, et bien sûr pas de câbles!
La distance Riddes - Isérables à vol d'oiseau est de 2 km (carte mapplus.ch).


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A gauche le chalet loué aux mayens de Riddes; à droite, la vue depuis les Etablons / Isérables (au fond, les Dents du Midi).
(photos G. Saugy).


Saas Fee (1943)

En 1943, l'Europe était encore en feu, mais un tournant avait été pris: l'armée allemande avait perdu la bataille de Stalingrad, et Leningrad résistait toujours à un siège qui durait depuis Septembre1941. Fin 1942, les armées américaines avaient débarqué en Afrique du Nord et elles débarquaient en Sicile lorsque LS et sa famille visitaient Saas-Fee et sa vallée pendant une semaine d’été; la famille grimpa vers les cabanes de ce site superbe. Mais sans faire encore de 4000, trop hauts pour les petites jambes...Toutes les photos sont des cartes postales d’époque, sauf la 43-08, cabane des Mischabels.

Mais avant de partir dans la vallée de Saas, LS avait assisté dans la nuit du 12 au 13 Juillet, au crash d'un bombardier britannique, en route pour bombarder Turin. Il s'était écrasé contre le Grammont, de l'autre côté du lac, en face de Vevey-Montreux. Voilà qui lui révélait la réalité de la guerre: le grondement des bombardiers, une énorme explosion, le ciel illuminé et soudain le silence...



Saas Fee mapplus - copie
Carte de la région de Saas Fee (en 1943, le lac de Mattmark n'existait pas).
Légende: A- cab. Weissmies. B- cab. Britannia. C- cab. Mischabel (carte mapplus.ch).


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A gauche, Stalden, sur la ligne de chemin de fer menant à Zermatt. A droite, Saas Almagell, tout au fond de la vallée de Saas.

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A gauche, Saas Grund aussi au fond de la vallée; à droite, Saas Fee, sur la hauteur, au pied des glaciers.


A Saas Fee, le camp fut établi en bordure d’une forêt de mélèzes. On accèdait à Saas Fee depuis Saas Grund par un chemin muletier, le chemin des chapelles, calvaire avec 15 chapelles du XVIII siècle. Tout le ravitaillement de ce village se faisait par ce chemin, à dos de mulets, jusque vers 1955.

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La dernière chapelle du « chemin des chapelles », calvaire de 14 chapelles.

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A gauche, la cabane Britannia; à droite la cabane Weissmies.

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La cabane des Mischabels, haut perchée à 5 heures de marche sur le flanc de la Lenzspitze.

Zinal (1944)

De ces vacances d’été en Valais pendant les années 1940, c’est la semaine à Zinal, dans le val d’Anniviers, en Août 1944, la plus photographiée (voir aussi le site www.notrehistoire.ch/group/anniviers/article/171/). Rappel historique: en 1942-43, le sort des armes avait basculé, avec la bataille de Stalingrad en Russie, celle d’El Alamein en Lybie et les débarquements en Afrique du Nord et en Sicile; les troupes anglo-américaines avaient débarqué le 6 Juin 1944 en Normandie, libéré Paris en Août et poursuivaient leur avancée vers l’Allemagne. La famille Saugy, elle, monta à pied de Sion dans le val d’Hérens jusqu’aux Haudères, traversa dans le val d’Anniviers par le Pas de Lona jusqu’à Grimentz puis monta jusqu’à Zinal y installer son petit camp de base, sous les mélèzes. Ils étaient pratiquement les seuls touristes à Zinal (photos G. Saugy et quelques cartes postales).

Avant leur départ pour Anniviers, ils avaient assisté au pillage et à l'incendie du village de St. Gingolph (France) par les troupes allemandes. C'était de l'autre côté du lac, en face de Vevey, et LS se souvient de la fumée à l'emplacement du village; et bien sûr des commentaires de la population suisse. Quelques jours après, comme en 1943, la famille de LS partait paisiblement en camping dans la vallée d'Anniviers...


Anniviers Mapplus
Carte du val d'Anniviers (Mapplus.ch).
Légende: PL- Pas de Lona. SJ- St. Jean. P- Pinsec. M- cab Mountet. T- cab Tracuit.
En 1944, la route Moiry- Grimentz-Vercorin-Chalais sur la rive gauche du val d'Anniviers n'existait pas, ni celle de St. Luc à Chandolin, ni celle d'Ayer à Zinal.
Le lac de Moiry n'avait pas encore été construit non plus. Dans le val d'Hérens, la route montant à Villa n'existait pas non plus.


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Passé le Pas de Lona, entre le val d’Hérens et le val d’Anniviers, la famille fit étape à l’alpage de Tzigière, avant de descendre à Grimentz.

Tous ces villages anniviards photographiés permettent, avec aussi les photos d’Hélène Brandt des années 1920, de les voir avant leur développement touristique.

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Grimentz.

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L’église de Grimentz et la chapelle de Trontsec.

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A gauche, Ayer; à droite, Saint Jean.

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Saint Jean d’en Haut et sa chapelle.

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Vue de Zinal.

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Le camp au fond de la plaine de Zinal, au bord de la Navizence.

La famille Saugy installa son camp au fond de la plaine de Zinal, sur la rive droite de la Navizence; jusqu’au début des années 1950, la station de Zinal était ravitaillée par des caravanes de mulets. Toute la famille monta aux cabanes du petit et grand Mountet et de Tracuit, points de départ pour les ascensions des 4000 anniviards: Bieshorn, Weisshorn, Rothorn, Obergabelhorn et Dent Blanche. Tous trop difficiles, comme à Saas Fee, pour les petites jambes de LS et de sa soeur. Mais ces montées aux cabanes étaient déjà des efforts suffisants et non négligeables (de 1200 à 1500. de dénivelée pour Mountet et Tracuit).

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Contre-jour sur le Weisshorn, en montant à la cabane Tracuit.


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Vue sur la Pointe de Zinal, la Dent Blanche et Grand Cornier en montant à la cabane Tracuit (à droite).

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Avec le gardien de la cabane Tracuit, Edouard Vianin, fils de Jean, gardien du grand Mountet.


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La longue moraine montant à la cabane du petit Mountet, avec le Grand Cornier à droite et la petite pointe de Zinal, à gauche.

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Montage panoramique avec la Dent Blanche (à gauche) et le Grand Cornier (à droite), en montant à la cabane du grand Mountet.

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L’Obergabelhorn, en montant à la cabane du grand Mountet.

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La cabane du Mountet (au pied du rocher, le vieux refuge).

A la fin du séjour à Zinal, la famille redescendit à pied le val d’Anniviers par sa rive gauche, à Sierre, depuis Grimentz, via Pinsec. Marche interminable se terminant par la traversée de la plaine du Rhône, jusqu’à la gare de Sierre.

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Le village de Pinsec, perché sur une ancienne moraine latérale, protégé par une croix.

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Dernier casse-croûte, et arrivée à Vercorin.

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La chapelle du Bouillet dans un virage du chemin muletier descendant de Vercorin dans la plaine; à droite, vue sur la plaine du Rhône à Sierre.

Salanfe, été 1945.

Des vacances d'été 1945, une seule photo en témoigne, prise à Salanfe. L'époque était aux réjouissances, avec les alliés vainqueurs des armées allemandes le 8 mai 1945; les GI's se voyaient offrir un petit tour en Suisse avant de se rembarquer aux USA, et LS se souvient avoir vu Churchill et Eisenhower en voiture décapotable dans les rues de Lausanne. Mais l'armée américaine se battait toujours contre les Japonais dans le Pacifique; cette guerre éloignée de l'Europe devait se terminer les 6 et 9 Août 1945 par l'utilisation des bombes atomiques à Hiroshima et Nagasaki... Et l'on vit revenir les Anglais dans les Alpes suisses, suivis par les alpinistes allemands au début des années 50...!


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Salanfe, la Tour Salière (photo G. Saugy).


En 1949, en l’absence de LS en Angleterre, ses parents montrèrent les Alpes à un jeune anglais séjournant chez eux dans le cadre d'un échange. Ils firent une Haute Route vallée de Bagne - Hérens - Anniviers - Zermatt - Saas-Fee et d’autres balades et ascensions proches de Vevey (photos G. Saugy).

Cîme de l’Est aux Dents du Midi (Juillet 1949).

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A gauche, campement dans la plaine de Salanfe; à l’arrière-plan, la Haute Cîme à gauche & la Cîme de l’Est à droite.
A droite vue sur le Massif du Mont Blanc, en montant à le Cîme de l’Est.

Grand Muveran (Septembre 1949).

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L’ancienne cabane du Muveran.

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A gauche, vue sur les alpes valaisannes en montant au Grand Muveran; à droite, vue du sommet.

Cabane du Mont Noble - Mont Noble - Bec des Bossons, Pâques 1950.

A Pâques 1950, la famille de LS contactait le club alpin de Nax, village à l'entrée du Val D'Hérens, sur la rive droite. Ce club local possèdait une cabane au Mont Noble et se déclarait prêt à les accueillir pour Pâques. A Sion en train, puis en autocar jusqu'à Nax pour récupérer la clef, et montée à la cabane. Elle était inoccupée, et allait le rester pendant tout le weekend de Pâques. Cette cabane donnait accès à un joli domaine skiable, dont le Mont Noble et le Bec des Bossons, buts de ce weekend de Pâques (photos G. et M. Saugy). Comme le montre le diaporama ci-dessous, Il est maintenant exploité par 5 remontées mécaniques, et la cabane du club alpin local est maintenant un restaurant d'altitude.

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Diaporama touristique de la région du Mont Noble. La cabane #3 doit être celle occupée à Pâques 1950.

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La cabane du Mont Noble.

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Au sommet du Mont Noble.

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Montée au col des Becs de Bosson et col des Bec de Bosson, où se termina la randonnée.

Saas-Fee (Octobre 1950).

En Octobre 1950, les parents de LS avec leur fille May et une amie montaient à Saas-Fee passer une semaine. Ils louaient le grenier d’une maison de paysans, à Saas, et à partir de là, montaient à l’Egginerjoch en passant par la Langefluh et la cabane Britannia, allaient au-dessus de Grächen à la Hannigalp, et montaient au col du Monte Moro qui fait communiquer la haute vallée de Saas avec la vallée d’Anzasca (Macugnaga) sur le versant italien. (photos G. Saugy).

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Une location qui n’avait rien de luxueux, un grenier chez un habitant.

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A gauche, la Langefluh sous la neige d’automne; à droite, l’Egginerjoch avec le Rimpfischhorn à l’arrière-plan.


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La Hannigalp.

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L’Almagleralp.

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Le col du Monte Moro avec le Mont Rose (de gauche à droite: Signalkuppe, Zumsteinspitze,Pointe Dufour et Nordend.

LS 50-11 t  LS 50-12 t  Bienvenue au Refuge Oberto - Maroli
Le refuge anciennement Margerita, sur le versant italien du col de Monte Moro (à droite, le Joderhorn), maintenant Oberto Gaspare, en haut d’un téléphérique (à droite).

VACANCES de NEIGE.

Vers l'Eglise (les Diablerets).

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Carte de la région de Vers l'Eglise (mapplus.ch).
Le téléski montant des Diablerets à la tête de Meilleret a été construit tout au début des années 1940, mais la route n'existait pas.



Pendant les années de guerre, les parents de LS louaient, durant les vacances scolaires d'hiver, d'une durée de 1 mois pour économiser le chauffage des écoles, un chalet de paysans ou un logement chez l'habitant dans les Préalpes, toujours très modestes. De 1940 à 43, ce fut à Vers l'Eglise, petit village avant les Diablerets, sur la ligne de chemin de fer Aigle-Sépey-Diablerets. C'était un chalet de paysans, "le Tilleul", au lieu-dit "le Rachy"; sans confort , vraiment aucun: éclairage avec lampes à pétrole, cuisinière à bois pour cuisine et chauffage, eau à la source-fontaine à 5 minutes par une sente neigeuse, WC extérieurs, une planche/un trou; situé à une demi-heure de marche au-dessus de Vers l'Eglise, par un petit chemin malaisé longeant un ravin. Comment s'était faite cette installation, LS ne s'en souvient plus, peut-être au cours d'une permission de son père, car des relèves avaient vite été organisées, favorisant la réunion des familles et le fonctionnement des industries. L'inconfort, ce n'était pas LS et sa soeur, de 3 ans plus âgée, qui en souffraient le plus, mais bien leur mère. Elle avait fait beaucoup de montagne, ski et alpinisme avant son mariage, avec les conditions de l'époque; c'est elle qui avait pris cette initiative, et elle en assumait la responsabilité: garder ses enfants au chaud et en bonne santé, aller au ravitaillement à pied, chercher l'eau à la source, cuisiner sur la cuisinière à bois, remplir les lampes à pétrole et veiller que celui-ci ne manque pas, etc... Avoir aussi la responsabilité de 2 cousins plus âgés (eux allaient aux scouts, l'inconfort, ils connaissaient); assurer aussi le séjour d'une amie et de son fils, mais ça avait mal marché, trop inconfortable... La fille des propriétaires, dont le chalet était situé à 10 minutes, venait deux fois par jour s'occuper des bêtes dans l'étable voisine des pièces d'habitation; les veaux et génisses y communiquaient un peu de chaleur. Un jour de très grand froid, les vitres du chalet blanches de givre, la mère de LS avait dû faire la cuisine avec des moufles et laisser ses mômes au lit pour qu’ils aient chaud... Les propriétaires fournissaient lait, fromage et beurre. Un père peu présent, soit mobilisé, soit au travail et ne venant que le weekend. Des promenades à peau de phoque, un équipement sommaire, des excursions sur les sommets environnants, dans la grosse neige, des descentes en neige vierge, en essayant de fermer les virages des uns avec ceux des autres; la mère de LS skiait superbement en virages télémark; dans la grosse neige, rien à voir avec ce qui se pratique maintenant sur neige damée. le Meilleret, Isenau, le col du Pillon. Les Diablerets commençaient à exister comme petite station avec un seul téléski. La famille passa 3 Noëls merveilleux dans ce chalet: Le premier, chez le propriétaire devant un sapin décoré et avec une mandarine; un autre à l’église protestante du village de Vers l'Eglise la nuit de Noël, en descendant et remontant par le petit chemin enneigé à la lueur des lanternes. L'animation était assurée par les enfants de l'école; l'un d'eux avait récité une parodie du Corbeau et du Renard: "Le renard, sur un arbre perché tenait dans son bec un corbeau..." Le dernier Noël, en lisière de la forêt voisinant le chalet, avec un petit sapin décoré dont les bougies faisaient fondre la neige; et une tasse de vin chaud au retour pour se réchauffer! C’est ainsi que LS apprit à déchiffrer les traces des animaux dans la neige: le renard qui laisse traîner sa queue, le lièvre dont les 2 pattes arrière précèdent les pattes avant dans le dessin si caractéristique en tête de mort (ne reste qu’à tirer un trait autour), les chevreuils peinant jusqu’au ventre dans la grosse neige; les matins de grand froid, les cristaux de neige étaient larges comme des soucoupes... Des balades à skis, le Meilleret, juste derrièe le chalet, qui pouvait aussi être atteint depuis les Diablerets par un téléski inauguré en 1940, mais pas dans les moyens de la famille Saugy; la Palette d'Isenau, ou plutôt l'alpage, où flottait encore le souvenir de "la jeune bergère qui paissait son troupeau tout là-haut", de la chanson un peu mélancolique; le col du Pillon, en montant depuis les Diablerets vers Gstaad, dans l'Oberland Bernois, un autre monde... Sur le côté de la route, une énorme concrétion de gypse et de calcaire brèchique s'élevait: "la femme de Loth", qui en se retournant pour voir une dernière fois, avec regret, Sodome en feu, avait été transformée en statue de sel! C'est en fait un témoin du plan de chevauchement de la nappe de Morcles / Diablerets, glissant sur une semelle de sel et de gypse; mais ceci, LS ne l'a appris que bien plus tard. Un seul de ces séjours au Rachy a été photographié.

Un souvenir marquant: les parents de LS s'étaient donné rendez-vous un après-midi, au sommet du Meilleret, sa mère montant à peau de phoque avec ses 2 mômes depuis le chalet; et son père, sous l'uniforme, depuis St. Maurice, via Bex, Gryon, ce qui n'était pas rien. Comment avaient-ils convenu de ce rendez-vous est un mystère, sans téléphone et avec un courrier perturbé? Toujours est-il qu'après avoir attendu un peu au sommet, l'appointé G. Saugy débouchait de la brume, en uniforme et skis blancs aux pieds, ce qui avait frappé le petit Luc. Ils n'avaient pas dû passer plus d'une demie-heure ensemble, et le père de famille avait disparu à nouveau dans la brume de cette fin d'après-midi...


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Le chalet « le Tilleul » au lieu-dit « le Rachy » / Vers l’Eglise, près des Diablerets.
A l’arrière-plan, le massif des Diablerets.

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Construction d’un igloo et entraînement devant le chalet.
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Avec les cousins.


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Toute la famille au sommet du Meilleret; LS et sa soeur en visiteurs d’une étable inutilisée.
A gauche, à l’arrière-plan, l’Oldenhorn (Becca d’Audon) et le Scex Rouge.


C'est au cours de ces premières vacances de neige que le petit Luc a commencé d' apprendre la nature hivernale:

Le danger d'avalanches dans les pentes Sud, après les grosses chutes de neige; en face de leur chalet, sur le versant méridional de la vallée, un lieu-dit se nommait "Le Lavanchy", leçon de toponymie aussi...

La transformation des flocons de neige en cristaux de neige, de plus en plus gros avec la diminution de la température, jusqu'à atteindre la taille d'une soucoupe à café expresso.


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Cristal de neige se formant par grand froid de plusieurs centimètres de diamètre (www.anena.org/savoir/nivologie/pahaut_cristaux.pdf)



La reconnaissance des traces laissées par les animaux: le renard laissant traîner sa queue, les chevreuils brassant la neige fraîche pour aller arracher l'écorce des arbres ou les pousses les plus jeunes. Et les lièvres, laissant derrière eux des traces de pattes en têtes de morts; les pattes arrières se posant devant les pattes avant! il suffisait de les cercler. Très peu de gens connaissent la disposition des traces de pattes; évidemment, avec le ski de masse, les lièvres, prudents, ont disparu, ou ne laissent plus de traces sur les pistes damées, si d'aventure ils s'y risquent... Pas comme les hérissons qui persistent à traverser les routes pour courser les hérissonnes de l'autre côté.



Traces de lièvre.


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En allure normale, à peu près 50 cm; en fuite, l'écart entre les deux groupes augmente.Les pattes posées à l'avant de la voie sont les pattes postérieures, celles posées à l'arrière sont donc les antérieures. Les pattes sont posées sur deux lignes perpendiculaires; mais alors, il se croise les pattes ? Eh oui ! Le lièvre se déplace par bonds :il s'étend en l'air, pose d'abord ses deux pattes antérieures,puis ses puissantes pattes arrières passent de chaque côté de son corps et viennent prendre appui devant ses pattes avant, pour un nouveau bond.www.planete-vercors.com/traces-animaux.htm 


Saanenmöser (Oberland Bernois).

Il ne reste presqu’aucun témoignage photographique d’autres séjours de ski, à Saanenmöser, dans l’Oberland bernois, où les parents de LS avaient loué 2 chambres chez le postier, avec accès à la cuisine. C'était les années de fin ou d'après guerre. Ils croisaient sur leur chemin le conseiller fédéral (alors ministre des affaires étrangères) Max Petitpierre, logeant modestement à la pension du Hornberg voisine et skiant accompagné d’un seul gendarme, qui ne lui portait pas ses skis, simplicité helvétique...Ceux qui le reconnaissaient le saluaient discrètement d'un "Guten Tag, Herr Bundesrat" ! Aucun souvenir photographique, non plus, des séjours de plusieurs hivers dans un chalet de paysans à 20 minutes de marche du village. Chalet sympathique, avec un grand séjour chauffé par un immense poêle en faïence dans lequel on enfournait le bois depuis la cuisine. Les chambres étaient glaciales, avec des fenêtres complètement givrées et des lits munis de couettes en plumes de poules qui laissaient les dormeurs aplatis le matin! Plus confortable que "le Rachy" ci-dessus: le confort de l'eau courante (glacée) sur l'évier et du poêle en faïence; un wc identique, mais d'accès intérieur! Le site de Saanenmöser offrait plus de possibilités d'excursions à skis que celui des Diablerets. La grande affaire était le Rindenberg, avec descente sur St. Stephan et retour sur 5 km de route enneigée, en fin d'après-midi brumeuse et glaciale par Zweisimmen et le petit train bleu du MOB (Montreux-Oberland Bernois). Parfois, leur mère laissait ses enfants seuls une journée pour entreprendre une course plus lointaine, par exemple depuis Lenk, sur la trace de l'itinéraire de son raid d'hiver de 1924 (cf Hélène Brandt, Préalpes, 1924), nostalgie, peut-être...


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Carte de la région de Saanenmöser (mapplus.ch).
Il commençait à y avoir quelques remontées mécaniques.
Légende:
H- Hornberg. R- Rindenberg. E- Eggli.

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A Saanenmöser, près de Gstaad, Il y avait beaucoup de pentes pratiquement vierges; vues sur le Hornberg et le Rinderberg (cartes postales).

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Vue du sommet de l’Eggli dominant Gstaad, avec la vallée de la Saane et le massif des Diablerets et le Grand Muveran.
(photo G. Saugy)

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Au village de Saanen, entre Gstaad et Saanenmöser (trad. les marais de Saanen), une admirable ancienne église gothique.
Elle avait été incendiée, un hiver; les villageois en pleuraient, et ils l'ont reconstruite.
(photo sommets musicaux de Gstaad).

SOUVENIRS de GUERRE (1939-1945)
(Souvenirs de Luc Saugy, photos G. Saugy, doc. Sylvie Bazzanella)

En 1939, LS avait 6 ans, et son père 36; bien sûr, il lui apparaissait vieux, comme tous les parents le sont pour leurs enfants. A la mobilisation, sa mère avait accompagné son mari à la gare de la Tour de Peilz, à 200-300 m de leur maison, tenant par la main sa soeur et lui; il n'y comprenait pas grand'chose, et ne voyait que cette foule de soldats sur le quai et dans le train. Son père avait le grade d'appointé (1ère classe) et était mobilisé à Saint Maurice. Saint Maurice, c'est un défilé très étroit, défendu par des fortifications, point d'entrée dans la moyenne puis haute vallée du Rhône. Ils étaient rentrés à la maison, située entre gare et église, un peu tristounets... Y avait-il un rapport avec cette "limagino" (ligne Maginot), objet des conversations surprises entre adultes, et qui tiendrait ou ne tiendrait pas ?

L'appointé G.S. avait passé un certain temps à Interlaken en particulier, et ailleurs, à garder des internés logés dans les hôtels de la "Belle époque". A Montreux, c'était des internés yougoslaves, qui avaient une réputation épouvantable; ils étaient très entreprenant avec les jeunes filles du coin, qui n'avaient qu'eux à se mettre sous la dent (ou sous la cuisse, plutôt), les jeunes Suisses étant mobilisés; elles avaient vite une réputation de "coureuses", mais après qui couraient-elles donc, se demandait le petit Luc. La compagnie de son père avait été aussi affectée à la surveillance des frontières. Entre autres localités, il avait gardé la frontière à Saint Gingolph, en face de Vevey; en rentrant, il avait parlé, choqué, de juifs, dont des femmes et des enfants, qui tentaient de passer la frontière, le torrent de montagne Morge, sous le feu de la Wehrmacht. Les soldats suisses, neutres et commandés par leur officier, ne pouvaient que recueillir les rescapés. Son père avait aussi raconté des souvenirs de Perly, à la frontière genevoise. C'était un lieu de passage, entre Rhône et Salève, pour les Juifs fuyant les persécutions nazies, et pour quelques rares agents spéciaux et évadés français des stalags (soldatenlager pour les soldats et offlager pour les officiers) d'Allemagne. Les Juifs étaient aidés par des Français (les "Justes") habitant près de la frontière, et les soldats suisses fermaient les yeux et tournaient le dos autant qu'ils le pouvaient. Il y a eu beaucoup plus d'aide qu'on ne le dit maintenant, avec la Suisse commodément en position d'accusée. Un chauffeur de taxi emmenant un jour LS à Roissy et reconnaissant son accent, lui avait déclaré d'entrée: "vous êtes suisse, j'aime les Suisses", ce qui est rare, car ils sont généralement jalousés; tout le monde dit "la Suisse est un pays riche", mais personne ne se demande comment elle a bien pu le devenir, sans richesse naturelle... Il lui avait raconté son épopée: évadé d'un stalag en Allemagne, et pénétrant en Suisse; entre l'Allemagne et la Suisse, le Rhin sert de frontière, sauf pour le canton de Schaffhouse, situé au Nord du Rhin. Il l'avait traversée en déjouant les contrôles, se faisant arrêter par une patrouille suisse précisément à Perly, dont il se souvenait le nom; laissé volontairement seul un quart d'heure dans un local volontairement ouvert et garni de vivres, avec l'indication précise que les Allemands étaient généralement à gauche, et qu'en se dirigeant tout de suite à droite, il se retrouverait en France, l'invite était claire! Depuis lors, il aimait beaucoup les Suisses. Grâce aux conseils et aux vivres,il avait passé la frontière et continué à travers France occupée et France dite libre, franchi les Pyrénées, l'Espagne, puis Gibraltar et s'était engagé à Londres chez les Français libres pour se retrouver dans la 2ème DB, débarquer en Normandie, libérer Paris, Strasbourg, et terminer à Berchtesgaden...! Arrivé dans le nid d'aigle de Hitler, ils étaient à Roissy. La compagnie de GS avait été affectée à d'autres missions de surveillance dont celle de la vallée d'Entremont, débouchant sur la vallée d'Aoste par le col du Grand St. Bernard.

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L'appointé G. Saugy de garde au col du Grand St. Bernard.

Proclamer la neutralité de la Suisse, c'était bien beau, encore fallait-il la faire respecter, sans afficher de sympathie trop marquée pour les pays alliés, afin de garder des relations diplomatiques avec ses puissants voisins qui l'isolaient en Europe, et commerciales aussi, avec neutres et belligérants, pour faire tourner ses industries; en particulier les armements Oerlikon, diront les mauvaises langues!... Elle n'avait pas de façade maritime comme les autres pays neutres d'Europe: l'Espagne et le Portugal, sympathisants de l'Allemagne et de l'Italie, l'Irlande surtout hostile à l'Angleterre à cause de la guerre d'indépendance récente et la Suède (armements Bofors) sympathisante des pays alliés. Le gouvernement suisse avait négocié un accord de libre accès au port de Gênes pour la marine marchande suisse; la marine suisse, tout le monde en rit, a été créée pour le ravitaillement de la Suisse en 1939, et elle existe toujours, avec Bâle (sur le Rhin, relié à Rotterdam) comme port d'attache. En contrepartie, l'Allemagne et l'Italie pouvaient utiliser la ligne du Saint Gotthard pour leurs trains militaires, mais la nuit seulement; scandale! le gouvernement tient à cacher les trains allemands... LS se souvient des échos recueillis par ses petites oreilles. C'est curieux tout ce que les enfants peuvent entendre, et retenir, des conversations des adultes...

Des privations, la Suisse en a subi, mais rien à voir avec celles des pays de l'Europe occupée par les armées allemandes ou de la Grande Bretagne. Le père du petit Luc avait hérité d'un bout de terrain sur les hauteurs de Vevey, mi potager-mi verger. Il était bordé à 50 m. par un petit ruisseau aboutissant à un étang dit de "l'Ïle Heureuse", qui fournissait l'eau d'arrosage, avant l'installation d'un robinet relié au réseau. C'était à 15-20 minutes du domicile familial, et il en avait repris la culture, en sortant de son travail, avec son épouse qui l'y rejoignait avec ses 2 enfants et le souper. Tout citoyen suisse était dans l'obligation de cultiver un bout de terrain, au besoin désigné par la commune de domicile. Le potager fournissait les légumes, mis en conserves pour l'hiver, et le verger les fruits, conservés en bocaux ou transformés en confiture. C'était un gros travail, auquel les enfants participaient, pas bien volontiers; la cueillette des mûres et des groseilles rouges, c'était si long de remplir une marmite, et leur mère intervenait pour bien tasser... Les mises en conserves n'étaient pas une partie de plaisir non plus; enfiler des haricots sur un fil pour les faire sècher... Mettre en bocaux pour la stérilisation, faire cuire les confitures en touillant une heure...Tout ça dans une petite cuisine, et en économisant le gaz! Le rationnement de la viande ne privait pas vraiment la famille; trop chère, elle était de toute façon rare dans les menus. Les sorties d'été et d'hiver en montagne permettaient de compléter les allocations autorisées par les tickets de rationnement. Le fromage était certes rationné, mais surtout, tout acheteur de gruyère (sans trou, affiné et salé, en meules moyennes) devait acheter un poids équivalent d'emmental (avec des gros trous, doux, peu affiné, en énormes meules), en surproduction et beaucoup moins prisé par les consommateurs suisses-romands...! Quelques slogans de l'époque: "Du vieux pain n'est jamais dur, mais pas de pain, ça, c'est dur!", "La femme suisse cuit à l'électricité", pour économiser le gaz issu de la distillation du charbon importé et favoriser l'électricité hydroélectrique; ce qui permettait un jeu de mots un peu macho...

Les rues des villes étaient un vrai bonheur pour les enfants de l'époque: pas une voiture, seul le tram circulait, desservant les villes du bord du lac. C'était le règne des vélos, des trottinettes et des patins à roulettes (roues en acier, 5 CHF à Uniprix, les économies de LS y étaient passées); des carrioles, planches montées sur des roulements à billes de camions. Les villages des vallées de montagnes étaient bien desservis par funiculaires et trains à voies étroites, avec ou sans crémaillère, rouges ou bleus; ils ont heureusement été conservés après guerre, lors du développement du trafic routier. Ils fonctionnaient tous à l'électricité.

Quelques incidents et évènements étaient venus, pendant la durée de la guerre, rendre LS conscient que son pays était entouré de pays en guerre:

La première vision, si l'on peut dire, et la seule, de soldats allemands par le petit Luc, avait été à la frontière au Nord de Genève: sa soeur et lui séjournaient en été à Borex / Nyon, au pied du Jura, chez une marraine qui tenait l'épicerie du village; célibataire, elle accueillait 3-4 mômes pendant quelques semaines. La frontière avec la France occupée passait à Crassier, le village d'à côté, à 2-3 km, juste après le carrefour principal. Il étaient allés regarder de loin, très timidement, barbelés et silhouettes gris-vertes; mais ils comprenaient que ce n'était pas bien conseillé, et n'y étaient pas retournés... Une autre fois, ils avaient fait une excursion à la Dôle, sommet du Jura, en char à bancs jusqu'à un alpage. En montant au sommet de la Dôle, près de la frontière, nul soldat allemand, seul un garde-frontière suisse patrouillait.

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Garde-frontière suisse (derrière la tente) patrouillant au pied de la Dôle.

Et puis, la réalité de la guerre rattrapa LS: En Septembre 1941, ce fut l'explosion accidentelle des fortifications de Chillon, défendant le défilé très étroit, entre montagne et lac, après Montreux. Rappel historique: Au Moyen-Âge, ce passage était déjà défendu par un château-fort, les pieds dans l'eau; il avait servi de prison à Bonivard, un indépendantiste savoyard rebellé contre l'occupation de son pays par les Bernois. Un ours peint sur la façade du château, côté lac, témoigne encore de cette occupation. Ce passage, laissant juste la place à la voie du chemin de fer et à la route, était un poste avancé du "Réduit suisse", défendu par des fortifications armées et minées. le défilé suivant, celui de Saint Maurice, fermant la basse vallée du Rhône en amont, encore plus étroit, car c'est le passage du Rhône, était la porte d'entrée du "Réduit helvétique". C'est dans ce réduit alpin qu'avaient été massées les forces armées, avec toutes les entrées des vallées des Alpes pareillement fortifiées et verrouillées. Ce "réduit", le petit Luc en avait aussi entendu parler, mais pour lui, un réduit, c'était une cache ou un placard! Cette stratégie défensive de "réduit" sacrifiait certes la partie utile de la Suisse, défendable peut-être, mais intenable; elle permettait surtout de préserver sa seule richesse naturelle, les axes de communication alpins, contrôlés depuis toujours par les Suisses. Dans cette place-forte de Saint Maurice avait été mobilisé l'appointé G. Saugy.

Le 25 Septembre 1941, dans l'après-midi, l'explosion des fortifications de Chillon interrompait le trafic routier et ferré, et aussi l'électricité, causant morts et blessés. C'était la vraie guerre!... LS s'en souvient bien, et d'avoir couru chez le droguiste acheter des bougies.

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Deux photos parues dans "l'Illustré" montrant les dégâts causés par l'explosion accidentelle des fortifications de Chillon en Sept. 1941. A droite, le château de Chillon (doc. Picasaweb).

Pendant une quinzaine de jours, peut-être en 1942, la famille du petit Luc avait accueilli une fillette juive, seule rescapée de sa famille. On lui avait dit qu'elle était juive, qu'elle n'avait plus de parents et qu'elle ne disait rien; c'était qui, les Juifs? Il faisait surtout la tête parce qu'on avait donné son lit à cette petite inconnue. Tout au long de ces années, LS vit arriver dans sa classe de primaire ou de secondaire, des petits réfugiés, juifs souvent, mais il ne savait pas ce que recouvrait ce nom, qui restaient plus ou moins longtemps; également des enfants issus de familles plus aisées, qui résidaient en Suisse le temps de la guerre.

Il y avait dans la petite cité de La Tour de Peilz, un coordonnier avec un nom, Engler, à consonnance germanique, que beaucoup prenaient pour un Suisse-Allemand, alors qu'il était allemand tout court; un jour, il avait fermé sa boutique, laissé son épouse suisse et rejoint son Allemagne native; devoir ou conviction? Et on le vit revenir, fin 1945; la guerre, il l'avait passée à fabriquer des bottes pour les officiers SS ou de la Wehrmacht.

Et après la guerre, ce furent des Français pétainistes, comme Georges Bonnet, rad-soc., ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement Daladier (accords de Munich), membre du Conseil National Vichyste, dont le fils considérait avec hauteur, comme des ploucs, ses petits camarades suisses; évidemment, le collège de Vevey, ce n'était pas le lycée Henri IV, Saint-Louis ou Louis-le -Grand, et les profs ne sortaient pas de la rue d'Ulm... Mais, leur prof d'Anglais avait un doctorat d'Oxford, et leur prof de Latin-Français faisait chanter à ses élèves le chant des étudiants allemands "Gaudeamus igitur" appris à Heidelberg. Et des Allemands vinrent aussi s'installer au bord du lac Léman, très aisés, très discrets et certains très aryens...

Dès 1943, le ciel suisse était traversé de raids aériens de forteresses volantes allant bombarder Turin et Milan. La famille allait aux fenêtres écouter le ronronnement sourd de ces bombardiers. Le 13 Juillet 1943, l'un d'eux, en perdition, allait s'écraser contre le Grammont, en face de Vevey-Montreux, de l'autre côté du lac; LS se souvient encore du silence, après l'interruption d'un ronronnement anormalement bas, et le fracas de l'explosion. pauvres types... C'était donc ça, la guerre! Ce bombardier faisait partie d'une escadrille de 295 lancasters de la RAF partis d'Angleterre bombarder Turin, environ 12 heures aller-retour. A l'aller, 2 appareils, égarés et endommagés s'écrasèrent en Suisse, l'un à Thyon en Valais, l'autre contre le Grammont, au-dessus du Bouveret, en face de Montreux. les 2 équipages de 7 périrent et furent inhumés au cimetière de Vevey. LS se souvient bien de cet épisode. Dans celui du Grammont, le pilote avait 20 ans, le plus âgé 32 et l'un d'eux était venu dAustralie ("down under" comme disent les Anglais) pour se tuer au Grammont, montagne dont il ignorait l'existence... Cette nuit-là, 13 bombardiers ne rentrèrent pas en Angleterre (4,4 % de pertes, acceptable...). Et quelques jours après, toute la famille montait paisiblement dans la vallée de Saas, en Valais; depuis le col du Monte Moro, ils pouvaient encore voir la fumée des incendies flotter au-dessus de Turin, à 80 km au Sud.

Bombardier 1+2

Feuille d'Avis de Vevey du 13/07/1943.

207 Squadron RAF crew memorials 1 - Badge Crew, Le Bouveret, Switzerland (glissé(e)s)
207 Squadron RAF crew memorials 2 - Badge Crew, Le Bouveret, Switzerland (glissé(e)s) 1

Photos parues dans la presse de l'époque.

207 Squadron RAF crew memorials 3 - Badge Crew, Le Bouveret, Switzerland (glissé(e)s) 2

La stèle à la mémoire de l'équipage du bombardier, au Bouveret, avec, à l'arrière-plan, le flanc du Grammont
contre lequel le bombardier s'est écrasé
. (207 squadron.rafinfo.org.uk).

Mais, fin 1942 et 1943, années charnières de la guerre, la fortune des armes avait changé de camp: le 2 février 43, la défaite de l'armée allemande à Stalingrad mettait un terme à la conquête de la Russie par l'Allemagne; en Lybie, à El Alamein, à 100 km seulement du canal de Suez, le 3 Novembre 1942, l'armée britannique stoppait enfin l'avancée de l'Afrika Korps vers l'Egypte; il était temps... Fin Novembre, les armées américaines débarquaient au Maroc et en Algérie; et le 10 Juillet 1943, les armées alliées débarquaient en Sicile et entamaient une lente remontée de l'Italie. Le petit Luc suivait ces opérations en allant voir, de temps à autre, les cartes exposées dans la vitrine de la "Feuille d'Avis de Vevey".

Enfin, le 6 Juin 1944, les armées alliées débarquaient sur les plages de Normandie, et le petit Luc, 11 ans maintenant, faisait encore plus souvent le crochet en sortant du collège, très intéressé, pour aller voir dans la vitrine de la "Feuille d'Avis de Vevey", la carte tenue à jour de l'avance des armées alliées en Normandie. Il découvrait les noms curieux de ces plages, Omaha, Utah, Juno, Sword et Gold; d'autres noms, plus français, Arromanches, Falaise et sa poche, Carentan et sa percée, Bayeux et son discours (du Général), les batailles de Caen et de Cherbourg; et finalement la libération de Paris. Et le 15 Août, le débarquement de Provence, sur des plages de rêve tout aussi inconnues. Leçon d'histoire et de géographie passionnante! Mais il ne se souvient pas que son prof d'histoire ait saisi cette occasion pour faire une diversion dans l'histoire contemporaine; pas au programme, sans doute...

L'incendie de Saint Gingolph, village frontière bi-national, de l'autre côté du lac, en face de Vevey le 23 Juillet, a laissé à LS le souvenir de la fumée sur le lac, et des commentaires des grandes personnes. Cet incendie rappelait que des Français armés combattaient aussi l'armée allemande à l'intérieur de leur pays; c'était les résistants du maquis, les FFI. L'article de la "Gazette de Lausanne" témoigne des atrocités commises par les troupes allemandes, 6 exécutions, dont le curé, dans le village-même où de malheureux Juifs persécutés essayaient de se réfugier en Suisse 2 ans auparavant. Et tout cela se passait sous les yeux d'un petit garçon suisse qui vivait paisiblement en face...


St Gingolph

Article extraît de la "Gazette de Lausanne" du 24/07/1944.

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Vue du village de St. Gingolph incendié; la partie intacte, à l'avant-plan, est la partie suisse du village.
(Photo extraîte du livre d'A. Zénoni: Saint Gingolph et sa Région Frontière...: Haut Lieu de la
Résistance Française. A. Zénoni éd., 1994).

LS garde aussi le souvenir des célébrations du 1 Août, date de la fête nationale, pendant ces années de guerre. En Suisse, elle se fête par des feux allumés le 1, au soir, avec pétards, fusées et feux d'artifice. A la Tour de Peilz, le feu était installé sur un enrochement protégeant l'entrée du port; il était suivi par une retraîte aux flambeaux menée par la fanfare. La population était réunie au port de cette petite ville, et elle guettait les feux allumés par les cousins savoyards, au sommet des montagnes, en face, de l'autre côté du lac: " Tiens! celui de la Dent d'Oche!... Ah, celui des Cornettes de Bise..." Une façon pour les Savoyards de manifester leur résistance à l'occupation allemande...

Finalement, ce fut la liesse au soir du 8 Mai 1945, avec les drapeaux des nations alliées déployés; sa mère, un peu à gauche, avait fait remarquer au petit Luc l'absence de drapeaux russes. Une vaste collecte nationale de fonds, le "Don Suisse", fut organisée par les autorités pour venir en aide aux populations européennes des pays ruinés; collecte d'autant plus importante que la Suisse ressentait comme un vague sentiment de culpabilité de se retrouver intacte dans ce champ de ruines...

Et les GIs se virent offrir une visite de la Suisse, avant de rentrer chez eux. On les voyait partout, dans les transports et les hôtels, mâchant leur chewing-gum. Dernière image dans les souvenirs de guerre de LS: Churchill et Eisenhower dans une immense voiture découverte acclamés dans les rues de Lausanne.






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