1970 -1989, NIGERIA.

De 1970 à 1989, l’auteur de ce site a passé une quinzaine d’années au Nigéria, à Lagos, en 2 séjours coupés d’une expatriation à Houston, Texas. Il a aussi séjourné à Douala, au Cameroun. Au premier séjour à Lagos, il était chef-géophysicien de la filiale ELF du Nigéria; au deuxième séjour, il en était le directeur de l’exploration. Les Français connaissent en général mal leur géographie, et ils confondent souvent le Niger (capitale Niamey), ancienne colonie française, francophone, entièrement enclavé dans le continent africain et le Nigéria (capitale Lagos, puis Abuja), ancienne colonie anglaise, anglophone, avec façade sur l’océan Atlantique, indépendant depuis 1960. Le Nigéria est tropical au sud et sahélien au Nord, extrêmement peuplé dans sa partie tropicale. Sa surface est de 925 000 km2 pour une population totale de 140 M habitants (la France est de 550 000 km2, hors DOM-TOM avec 65 M d’habitants). Lorsque l’auteur y est arrivé, fin 1970, le pays avait alors environ 50 M d’habitants, et Lagos, la capitale, environ 7 M; mais qui peut faire un recensement sérieux au Nigéria? Le pays était alors une dictature militaire, avec le général Gowon, vainqueur de la guerre civile, comme président. Il sortait de cette guerre de 4 ans, dite guerre du Biafra, causée par la rébellion des Biafrais, de l’ethnie Ibo, qui voulaient s’emparer des richesses pétrolières prouvées depuis 1956 dans le delta du Niger, alors que l’habitat de cette ethnie est situé en dehors du delta. Souvenez-vous, cette première guerre civile africaine moderne, où s’était illustré Bernard Kouchner créant MSF à cette occasion; et cette photo d’un petit africain affamé affichée sur les murs des couloirs du métro, il n’était pas biafrais, mais sénégalais; beau coup de pub! La rébellion biafraise était soutenue par le gouvernement du général de Gaulle, conseillé par Foccart, espérant prendre le contrôle des richesses pétrolières du delta du Niger. Par quelle aberration le gouvernement français espérait-il pouvoir prendre le contrôle de ces champs de pétrole, contre le gouvernement fédéral légal du Nigéria soutenu par la Grande-Bretagne et l’URSS, avec les fonds de la Shell-BP? D’autant plus qu’une filiale du groupe ELF avait fait de belles découvertes sur 2 des 4 blocs attribués à elle en 1962. ELF avait des bureaux à Lagos et à Port-Harcourt, mais ses installations dans le delta lui étaient interdites encore 1 an après la fin de la guerre civile. Comme toujours avec les africains, peu rancuniers, les choses finirent par s’arranger en payant les « dash » (le « bakchich »des pays africains anglophones) au plus haut niveau (unité de compte 10 M$)... S’il y a des corrompus, dit-on, c’est qu’il y a des corrupteurs! Certes, mais comment ne pas l’être, par exemple, quand les flics vous arrêtent avec l’alternative d’ennuis sans fins ou d’un billet équivalent à 20€? Pareil à l’immigration et à la douane. Au plus haut niveau, c’est identique en plus cher, d’où l’évaporation (des milliards de $) des revenus pétroliers et les fortunes de tous les dirigeants! En 1970, le Nigéria conduisait à gauche, avait une monnaie en livres non convertibles, et n’avait pas le système métrique. Avec un courage certain ou l’inconscience des innocents, en 1972-73, la conduite passa à droite, la monnaie changea et passa au naira (1/2 livre, toujours non convertible) et le système métrique fut adopté, le tout bien plus rapidement et facilement que le passage des anciens aux nouveaux francs puis à l’euro en France. La langue était bien sûr l’anglais, version « pidgin », en bas de l’échelle sociale; ce qui donne « long time no see » (on ne s’est pas vu depuis longtemps), « he don’t come » (il est venu), « he never come » (il n’est pas venu), «me no go see »(je ne l’ai pas vu), « he goes for good »(il quitte définitivement, sous-entendu, le Nigéria);  au début cela crée quelques incompréhensions! L’héritage colonial subsiste, très différent de celui des ex-colonies françaises, avec une église anglicane, des juges à perruques, la cravate obligatoire dans les restaurants (nourritures anglaise, chinoise, indienne), le costume 3 pièces pour les cadres (mais en enlevant les chaussures sous le bureau!), et des soldats défilant en kilt les jours de fête nationale! Le racisme, c’est en Afrique que l’auteur l’ a appris: A la poste d’Alger d’abord, quand, devant lui, un africain noir s’est fait viré par le guichetier « fous-le camp, sale nègre, tu commences à m’emmerder » (sic, l’auteur s’en souvient encore)! Au Nigéria, le village d’à côté, ce sont déjà les étrangers... Ensemble dans un même bureau, 3 nigérians ne se parlent généralement pas, et il y a même une expression, « they are not on speaking terms », que l’auteur tient du directeur nigérian du personnel de la filiale Elf viré peu après avec ses 2 adjoints, car ils se parlaient fort bien pour piquer dans la caisse! C’est au Nigéria que l’auteur a expérimenté de très belles escroqueries: fausses factures par de faux entrepreneurs, fausses autorisations de paiement avec fausses signatures et faux chèques très bien imités imprimés en Irlande (un irlandais était dans le coup) avec fausses signatures...! C’est un choc de voir sa propre signature et celle de son directeur général imitées.

La carte géographique montre le Niger coulant dans l’angle S-W du pays, après avoir pris sa source dans les montagnes de Guinée (Conakry), passé par Gao et Niamey, 4200 km jusqu’à la mer. La Benue venant du N-E, prend sa source dans le Nord-Cameroun et rejoint le Niger. Autre fleuve important, la Gongola se jette dans la Benue non loin de la frontière du Cameroun. Au Nord-Est du pays, le lac Chad, alimenté par le Chari, est en voie d’assèchement et n’a plus du tout la forme qu’on lui voit sur la carte; il est partagé par le Niger, le Chad, le Cameroun et le Nigéria. A 300 km de la côte, le Niger se divise en bras et forme un delta avec des marais à palétuviers près de la mer et dans les douves du delta soumises aux flux des marées, et des terres inondables en saison de pluie. Ville importante, Onitsha est un port fluvial et le plus important marché d’Afrique. Warri et Port-Harcourt sont des ports de haute mer intérieurs et des centres pétroliers, respectivement à l’Ouest et à l’Est du delta. Les principales ethnies du Nigéria sont les Haoussas, au Nord (Sokoto, Kano, Kaduna, Jos, Bauchi, Gombe), musulmans et seigneurs; les Ibos et Ibibos au Nord du delta (Aba, Onitsha, Enugu, Nsukka), commerçants et affairistes, chrétiens; les Yorubas (Abeokuta, Ibadan, Oshogbo, Ilorin, Ife), ‘’chrétiens’’ et animistes (ils parient sur 2 tableaux!) sans vocation particulière; et bien d’autres ethnies, dont celles du delta, en révolte actuellement contre le gouvernement, car le pétrole provient de leurs terres, et ils ne voient pas la couleur des dollars que cela rapporte, seulement la pollution et la dévastation. Il faut noter l’extrême densité de la population, dans le Sud; le pays ibo est comparable à la banlieue Nord de Paris, le 9-3 par exemple, le pays Yoruba aussi avec Ibadan, sans doute le plus grand bidonville d’Afrique. Lagos, c’est l’ancienne capitale, port de mer, megalopole des affaires, 12-14 M habitants maintenant, en dépit d’une mortalité infantile de 25% dans les 3 jours suivant la naissance. Au début des années 1970, avant la construction des autoroutes urbaines, règnaient des embouteillages monstrueux et cauchemardesques, 3-4 heures pour venir ou aller à l’aéroport, à 25 km des quartiers résidentiels! La ville de Lagos est construite en partie sur une lagune, sur les îles de Victoria, Ikoyi, Lagos, Oto-Ijora, avec Mainland et Apapa (le port) sur terre ferme; bref, la Venise d’Afrique! Plus de faune sauvage, tout a été mangé! sauf dans le parc de Yankari, au S-E de Bauchi, réserve naturelle, sans hôtellerie décente. Une pénurie d’électricité permanente, due à l’absence de maintenance des installations; une centrale électrique neuve relaie une autre, h.s.: en 1970, une centrale à charbon, remplacée par la centrale hydroélectrique de Kainji, sur le Niger, elle-même ne fonctionnant plus qu’avec une turbine sur six, remplacée dans les années 1980 par une centrale au gaz, elle-même non entretenue et partiellement remplacée par des centrales au fuel sur plateformes dans les lagunes... chaque maison a son groupe électrogène! Pénurie d’essence, aussi, avec 4 raffineries incapables de fournir suffisamment de produits raffinés, d’où l’importation d’essence, à prix subventionné par le gouvernement! 3 usines d’incinération des ordures ménagères construites en 1981, payées (dash compris), jamais utilisées et cannibalisées... Et une décharge gigantesque, haute de plusieurs étages, fumante, défiant toute imagination, avec une horde de loqueteux, un des cercles de l’Enfer de Dante! Sur la Gongola, un barrage hydro-électrique et agricole, jamais équipé avec ses turbo-alternateurs, restés impayés sur le port d’Hambourg! La distribution d’eau est sur le même modèle; le propriétaire d’un camion-citerne se fait une fortune! Le colonisateur avait construit un réseau correct de routes et surtout (comme la France dans ses colonies), un chemin de fer Lagos-Kaduna et Kaduna-Port-Harcourt, des installations portuaires à Lagos, Warri et Port-Harcourt. Le chemin de fer a été reconstruit par les chinois, les vieilles routes remplacées par un réseau moderne mais pas entretenu, et des aéroports construits; mais le radar de celui de Lagos n’a jamais été vu fonctionner par l’auteur; des Boeing 747 et DC 10 atterrissant à vue, avec juste une balise... La nouvelle capitale, Abuja, est située depuis 1991 au centre du pays, sur le plateau granitique; la Brasilia d’Afrique s’est immédiatement africanisée, avec bidonville et petits marchés au pied des tours modernes... Au début des années 1970, l’importation délirante et désordonnée de ciment destiné à la construction des nouvelles infrastructures entraîna une paralysie des installations portuaires: il y avait jusqu’à 400 bateaux attendant à l’ancre au large pour décharger! des barges importées de Hollande furent utilisées et le déchargement se fit à dos d’hommes et le reconditionnement à la main, par des centaines de manoeuvres africains gris de ciment, encore un cercle pour l’enfer de Dante... Un nouveau port fut construit, surdimensionné, mais l’auteur n’a jamais vu les grues fonctionner. L’insécurité est partout depuis 1980, y compris bien sûr dans le delta producteur d’hydrocarbures, où les compagnies pétrolières et leurs installations sont prises en otage par des groupes armés. Et les pirates vont de plus en plus loin attaquer les plateformes pétrolières au large. Quant à l’insécurité sur les routes, les cadavres restant sur les bas-côtés ou au milieu des rues, en pleine ville, ou à l’intérieur des carcasses de voitures, la rappelaient! C’était aussi les vrais barrages de faux flics (et vice-versa) et le « home jacking » en plein jour. Et les cadavres qui flottent dans la lagune... L’auteur en a vu assez pour noter que les femmes flottaient sur le dos et les hommes sur le ventre, la position du missionnaire jusque dans la noyade! Tout ceci est une esquisse rapide et sommaire, aucun visiteur de ce site n’y croira...

Avant la guerre (au Nigéria, la guerre, c’est la guerre civile, dite du Biafra; en Arabie Saoudite, c’était la guerre de 14-18.) et jusqu’à la découverte du pétrole, la richesse était essentiellement agricole, huile de palme, bois et céréales, et minière avec le charbon, la cassitérite (étain), colombite, tantalite, wolframite, et or, aux mains de compagnies locales; le Nigéria était même le 5ème producteur mondial de cassitérite. Mais la découverte de pétrole avec les profits en découlant est devenue une malédiction, comme dans la plupart des pays sous-développés: après la guerre civile, le boom pétrolier et la richesse facile amena l’effondrement de cette production traditionnelle; comme si la Norvège avait abandonné la pêche, la construction navale, les petites exploitations agricoles les mines ou l’hydroélectricité, alors que toute son économie ancienne s’est maintenue; les revenus pétroliers, en Norvège, c’est pour l’après pétrole! De plus, les nigérians se mirent à manger du riz long, importé du Pakistan, au lieu des céréales produites localement. Il ne faut cependant pas désespérer: sur le classement de l’indice de corruption établi par « Transparency International »(
www.transparency.org), le Nigéria est passé de la 81ème place sur 85 en 1999, avec une note de 1,9/10 à une 147ème place sur 179 avec une note de 2,2/10 en 2007. Pour les 2 mêmes années, la France passe de la 21ème place avec 6,7/10 à la 19ème place, avec 7,3/10. Quant au « global peace index »(www/visionofhumanity.org), il est de 129/140 pour 2007-2008 (36/140 pour la France) Et, ces dernières années, les productions agricoles traditionnelles et minières semblent en voie de reprise; le riz commence même à être produit dans le pays; facile, avec 2 récoltes par an sur le plaine côtière à l’Est de Lagos. Mais hélas et parallèlement, la production pétrolière marque le pas, en raison de l’insécurité dans le delta qui ne permet pas toujours de produire le quota de l’OPEC. Le sujet du pétrole et de la géologie pétrolière est abordé dans une page séparée.

La plupart des photos présentées ont été prises dans les années 1970, sauf indications contraires. De passage en 1973 à Monrovia, au Libéria, l’auteur s’est fait piller ses bagages à l’aéroport de Robertsfield et voler son Rolleiflex. Il s’est donc mis au 24x36 avec un réflex Canon. C’était plus pratique, mais le résultat est moins bon.

carte
Carte du Nigéria (atlas National Geographic, 1981).

expatriates scrapbook
Un peu d’humour: page de publicité, vers 1975, dans la revue de la compagnie British Caledonian (disparue depuis) d’un vol pour Lagos, pour une assurance; les problèmes du Nigéria sont connus depuis fort longtemps!

Haut de page



Alpes
Pyrénées
Spitsberg
Arabie Saoudite
Algérie
Nigeria
Pétrole et géologie pétrolière
Lagos
Flore et faune
Lagune & îles côtière, Badagry
Ganvié
Oshogbo
Art Nigérian
Le Delta
Le Nord