PYRENEES.

Aneto (3408 m), Maladeta (3308 m) et Vignemale (3298 m), Pâques 1957.

La semaine de Pâques 1957, LS et 3 amis entreprenaient une sortie dans les Pyrénées; ils avaient en vue le massif de la Maladeta, entièrement en Espagne, avec l'ascension de l'Aneto, plus haut sommet des Pyrénées et celle du pic d'Albe, et ensuite celle du Vignemale, plus haut sommet français, sur la chaîne frontière, plus à l'Ouest. Ils se donnaient rendez-vous, 2 semaines l'avance, à Bagnères de Luchon, le samedi des Rameaux, vers 11 h du matin, au buffet de la gare, en pariant qu'il y en aurait un! LS venait de Paris, où il était en stage, par le train de nuit. Ses 3 amis venaient de Suisse en voiture, une Peugeot 203, avec tout le matériel de haute montagne, skis et tentes canadiennes. Le plan était de monter en voiture à l'Hospice de France, au pied de la crête frontière, d'y camper, d'y laisser la voiture et les tentes et de traverser ensuite sur le versant espagnol pour se baser au refuge de la Rencluse. Le temps était beau, le restaurateur de l'Hospice de France accueillant, mais se demandant bien ce que des alpinistes suisses pouvaient faire si loin de leur pays, alors que des montagnes, ils en avaient à leur porte, et plus élevées! Il les assurait qu'ils pouvait en confiance laisser voiture et tentes montées (c'était le bon temps...). Le dimanche des Rameaux, nos 4 alpinistes suisses passaient la crête-frontière au col de Vénasque. Ils longeaient un torrent, avant qu'il se perde dans le trou du Toro pour ressortir de l'autre côté sous le nom de Garonne. Et ils découvraient le refuge de la Rencluse, vérifiant ainsi, avec un petit pincement au coeur, que la carte était bien exacte. Accueil chaleureux de la part du gardien qui se demandait aussi d'où ces alpinistes pouvaient bien venir. A l'époque, la route montant la vallée de Bénasque n'existait pas encore, et les visiteurs étaient plus rares qu'actuellement. En fait ils étaient seuls. Le lendemain, ils montaient sur la crête faisant face au massif de la Maladeta, pour prendre un peu leurs marques, et réalisaient que les ascensions devaient se terminer à midi, sauf à devoir brasser la neige fondue; les Pyrénées ne sont pas à la latitude des Alpes! Aucun souvenir de la cuisine du gardien; mais le rouge espagnol, foncé-violacé et corsé, n'avait rien à voir avec la dole valaisanne, vinifiée à partir de gamay, donc proche cousine du beaujolais. Suivant leur plan élaboré en Suisse, LS et ses amis montaient d'abord à l'Aneto, puis enchaînaient avec le Pic d'Albe, dans le massif annexe des Monts Maudits, sommets sans aucune difficulté: pentes neigeuses douces et rochers faciles. Ils étaient seuls; le refuge de la Rencluse, très peu fréquenté, semblait constituer un but de randonnée à lui seul pour les Espagnols. Ces jolies ascensions accomplies, ils repassaient en France, retrouvaient voiture et camp à l'Hospice de France et poursuivaient vers l'Ouest: Bagnères de Bigorre - Lourdes - Gavarnie; arrêt obligatoire à Lourdes, la grotte et le chantier de la nouvelle basilique souterraine; les marchands étaient dans le Temple (!), ou plutôt le long de la rue y conduisant; curieusement, ces marchands de bondieuseries n'avaient pas l'air bien catholiques... Autre crochet à dos d'ânes vers le cirque de Gavarnie, nettement plus impressionnant. Et finalement montée par une petite route au lac du barrage d'Ossoue, où ils établissaient leur camp de base pour l'ascension du pic de Vignemale. C'était là un ravissement: un petit bijou de lac serti au fond d'un vallon, dans une solitude totale... Et ce fut l'ascension du Vignemale, par un temps très moyen; mais à 3000 m, les risques ne sont pas les mêmes qu'à 4000 m. Ces 3 ascensions donnaient l'impression du point de vue difficulté et paysage d'être dans les Hautes Alpes Calcaires. Retour ensuite vers Carcassone, avec un camp sous une pluie battante; puis le Vendredi Saint, visite de la cité de Carcassone, pas plus d'une douzaine de visiteurs sur les remparts; Elne et son cloître, où ils étaient seuls, donnant envie de se faire moine, Port Vendres, Collioure et un dernier camp sur le rivage entre Agde et Sète. Cette semaine de Pâques avait été bien remplie et leur avait fait découvrir d'autres horizons. Les photos sont de L. Saugy , qui remercie le pyrénéiste Christophe Chevet pour son aide à identifier les lieux photographiés voici plus de 50 ans.

carte Mich. Pyrénées
Carte Michelin actuelle de la région visitée. Les sommets gravis sont soulignés en rouge.

CC-0001 - copie

Carte structurale des Pyrénées. Le massif de la Maladeta (M) et le Vignemale (V) sont ajoutés en blanc; ils font partie de l'unité "Haute Chaîne Primaire".

CC-0002

Coupe structurale au travers du massif des Pyrénées.
Les deux figures ci-dessus sont extraîtes de l'ouvrage de Joseph Canérot: "Les Pyrénées, histoire géologique et itinéraires de découverte", 2008; Biarritz Atlantica éd. et BRGM éditions.
Elles sont reproduites afin de montrer la différence entre la structuration des Alpes illustrée dans les pages Alpes et la structuration des Pyrénées. Dans le premier cas, la poussée tectonique provoque une diverticulation des séries
sédimentaires avec les plus anciennes chevauchant sous forme de nappes les plus récentes. Dans le cas des Pyrénées, une gigantesque faille coulissante ("strike-slip fault") provoque structurations en éventails et nappes; encore active comme en témoigne le seisme d'Arette, en 1967.
Les exemples analogues de failles coulissantes connus et observés par l'auteur sont:
- La San Andrea fault le long de la Californie, et ses annexes, dont le déplacement longitudinal est évalué à 150 km à L.A., toujours très active; elle limite les 2 continents américains.
- La faille coulissante bordant la côte Ouest du Spitzberg et sa prolongation le long de la côte Nord du Groenland et des îles de l'Arctique canadien (cf. la photo d'une structure en éventail dans la page Spitzberg);
toujours active comme en témoigne un séisme au Spitzberg en 2008; elle a une extension d'au moins 4000 km.
- La "Benue trough" au Nigéria, longtemps interprétée comme un rift, se prolonge jusqu'en Libye, soit plus de 3000 km; apparemment inactive, quoique...
- En France, la faille des Cévennes, inactive, avec en particulier la structure en éventail du Mont Peyroux, près de Roquebrun, au Nord-Ouest de Béziers.

Massif de la Maladeta (3308 m): Aneto (3408 m) et Pic d'Albe (3107).

Photosat Aneto-Maladeta
Photosatellite (refuges.info) du massif de la Maladeta. La longueur du massif est d'environ 7 km.
R, refuge de la Rencluse; M, Maladeta; A, Aneto; Al, Pic d'Albe.

LS 57-54 t
Sur la route montant à l'Hospice de France, c'était la même pauvreté que celle des alpes valaisannes peu d'années auparavant.

LS 57-60 t  LS 57-58 t
En traversant la chaîne frontière, entre l'Hospice de France et le refuge de la Rencluse, tous les torrents débordaient.
Certains se perdront dans le trou du Toro et donneront naissance à la résurgence de la Garonne.

LS 57-77 t
Passage du Port de Vénasque, en venant de l'Hospice de France pour aller au refuge de Rencluse.
Dans les nuages, au fond, les Posets (3369 m), 2ème sommet des Pyrénées. Tout à gauche, le début du massif de la Maladeta (à droite, sur le montage photo suivant).

LS 57-50+51+52+53 t3 - copie copie
Montage panoramique en venant de l'Hospice de France. Le point rouge montre l'emplacement du refuge de la Rencluse.
Une arête centrale descendant de la Maladeta sépare l'espace glaciaire en 2 parties. Cette arête se franchit facilement pour monter à l'Aneto depuis le refuge.

LS 57-67 t
Vue plus rapprochée du massif, prise dans l'axe de l'arête descendant de la Maladeta.


LS 57-61   Ref Rencluse camptocamp.org
Le refuge de la Rencluse; 4 paires de skis à l'entrée, ils étaient seuls... A droite, le refuge aujourd'hui.

L'Aneto (3408 m).

LS 57-63 t  LS 57-64 t
Montée à l'Aneto. Ce sommet est le plus élevé, à l'Est du massif de la Maladeta.

LS 57-65 t  LS 57-68 t
La croix sommitale et le pilier supportant une statue de la Vierge; LS ne se souvient pas avoir vu la Vierge que montre les photos actuelles; le pilier datant de 1956, peut-être n'avait-elle pas encore été posée?.

LS 57-65a t  LS 57-66 t
Signature du livre des passages; le skieur à casquette est un espagnol qui, solitaire et peu sûr de lui, avait demandé poliment et sagement aux petits Suisses l'autorisation de les accompagner.
Vu le nombre d'ascensionnistes, l'usage du livre de passage a dû se perdre. A droite, le passage du "Pas de Mahomet" défendant l'accès à l'Aneto.
La croix, la Vierge et Mahomet rendent ce sommet bien oecuménique!

Le Pic d'Albe (3107).

LS 57-80 t  LS 57-79 t
A gauche, le sommet du Pic d'Albe avec la vue sur les pics de la Maladeta; à droite, vue sur le Port de Vénasque encadré par les pics de la Sauvegarde (à g.) et de la Mine (à d.).

LS 57-70 t  LS 57-78 t
En montant au Pic d'Albe et en en descendant, les skieurs longent l'arête dentelée du sommet occidental (à g.) de la Maladeta (pic Mir) et de la dent d'Albe (à d.).

Vignemale (3298 m).

Après leur séjour au refuge de Rencluse et leurs deus ascensions dans le massif de la Maladeta, LS et ses amis retournaient à Bagnères de Luchon par l'Hospice de France, où les attendaient voiture et tentes; par la route, via Bagnères de Bigorre, Lourdes et Gavarnie, ils montaient dans le vallon d'Ossoue et installaient leur camp au bord de ce lac de barrage ravissant et solitaire; Ils étaient seuls dans tout le vallon et sur la chaîne frontière. Rappelons que le Vignemale est le plus haut sommet français des Pyrénées.




Carte Vignemale
Carte IGN actuelle au 1/25 000; le carroyage bleu est de 1 km de côté. En 1957, le refuge des Oulettes dans le vallon de Gaube n'existait pas encore.
Le camp avait été établi au bord du lac de barrage d'Ossoue (en bas de la carte, à d.), atteint depuis Gavarnie; l'itinéraire de montée au Vignemale suivait le vallon d'Ossoue,
puis montait le glacier d'Ossoue en longeant Petit Vignemale, Pointe Chausenque et brèche de Gaube jusqu'à la crête descendant du Vignemale; dénivelée totale de 1500 m.


LS 57-83 t  LS 57-81 t
A gauche, le camp du lac d'Ossoue, calme et solitude.... A droite, le fond du lac d'Ossoue et le Petit Vignemale (pic de gauche).

LS 57-73 t  LS 57-69 t
A gauche, le massif de Gavarnie, en montant au glacier d'Ossoue. A droite, le front glaciaire du glacier d'Ossoue et l'arête descendant du Petit Vignemale.

LS 57-76 t  LS 57-75 t
A gauche, sur le glacier d'Ossoue (l'identification de ce site est douteuse). A droite, avant la montée au Vignemale, les Jumeaux du Piton Carré vus de la brèche du couloir de Gaube.

LS 57-93 t
Le dernier camp, avant Sète.



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